Vingt-quatrième Dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Évangile

Lc 15:1-32

En ce temps-là:

1 Or les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’écouter. 1 Erant autem appropinquantes ei [Iesu] publicani, et peccatores ut audirent illum.

Ver. 1. Erant autem… Cette expression peut désigner un fait isolé, qui avait lieu précisément alors, ou bien une habitude constante de Jésus. Le second sentiment nous paraît le meilleur.
Publicani et… Dans le grec: Tous les publicains et les pêcheurs. Hyperbole évidente: de nombreux publicains, etc.
Ut audirent… Leur motif était donc excellent. Cf. Matth. IX, 9, etc.

2 Et les pharisiens et les scribes murmuraient, en disant: Cet homme accueille les pécheurs, et mange avec eux. 2 Et murmurabant Pharisaei, et Scribae, dicentes: Quia hic peccatores recipit, et manducat cum illis.

Ver. 2. Et murmurabant… Comme dans une circonstance antérieure, et dans les mêmes termes. Cf. V, 30.

3 Alors il leur dit cette parabole: 3 Et ait ad illos parabolam istam, dicens:

Ver. 3. La locution parabolam istam est collective en cet endroit et désigne les trois paraboles qui suivent.

4 Quel est l’homme parmi vous qui a cent brebis, et qui, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve? 4 Quis ex vobis homo, qui habet centum oves: et si perdiderit unam ex illis, nonne dimittit nonagintanovem in deserto, et vadit ad illam, quae perierat, donec inveniat eam?

Ver. 4. Quis ex vobis… Jésus interpelle directement ses contradicteurs et fait appel à leur expérience personnelle. “Tout être humain connaît la joie de retrouver les choses perdues.”
In deserto: dans les pacages non cultivés et inhabités. Tel est surtout le sens de ce mot dans la Bible. Matth.: dans les montagnes.
Le trait expressif donec inveniat… et les détails encore plus touchants des vers. 5 et 6 sont propres à saint Luc.

5 Et lorsqu’il l’a trouvée, il la met sur ses épaules avec joie; 5 Et cum invenerit eam, imponit in humeros suos gaudens:
6 et venant dans sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. 6 et veniens domum convocat amicos, et vicinos, dicens illis: Congratulamini mihi quia inveni ovem meam, quae perierat.
7 Je vous le dis, il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence. 7 Dico vobis quod ita gaudium erit in caelo super uno peccatore poenitentiam agente, quam super nonagintanovem iustis, qui non indigent poenitentia.

Ver. 7. Dico vobis… Transition solennelle à l’application de la parabole: Ita gaudium… C’est là aussi un trait nouveau.

8 Ou quelle est la femme qui, ayant dix drachmes, si elle en perd une, n’allume la lampe, ne balaye la maison, et ne cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle la trouve? 8 Aut quae mulier habens drachmas decem, si perdiderit drachmam unam, nonne accendit lucernam, et everrit domum, et quaerit diligenter, donec inveniat?

Ver. 8. Quae mulier…? Cette fois, Jésus transporte ses auditeurs dans un humble ménage, attristé par ce qui est en sol une toute petite perte (drachmam…), attendu que la drachme grecque ne valait pas plus que le denier romain (environ 0 fr. 87); mais la pauvre femme avait perdu beaucoup en réalité, puisqu’elle ne possédait en tous que dix drachmes (8 fr. 70). De là ses efforts multiplex, analogues à ceux du pasteur (cf. vers. 4b), pour recouvrer l’objet égaré: accendit…, everrit…

9 Et lorsqu’elle l’a trouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue. 9 Et cum invenerit, convocat amicas, et vicinas, dicens: Congratulamini mihi, quia inveni drachmam, quam perdideram?

Ver. 9. Cum… invenerit… Même conduite encore que celle du berger (cf. vers. 6), et même application morale (ita dico…, vers. 10; cf. vers. 7), avec quelques variantes dans l’expression.

10 De même, je vous le dis, il y aura de la joie parmi les Anges de Dieu, pour un seul pécheur qui fait pénitence. 10 Ita dico vobis, gaudium erit coram angelis Dei super uno peccatore poenitentiam agente.
11 Il dit encore: Un homme avait deux fils; 11 Ait autem: Homo quidam habuit duos filios:

Ver. 11. Homo quidam. Dieu, comme plus haut (cf. XIV, 16, etc.).
Duos filios: de caractères très différents, ainsi qu’on le voit par la suite de la narration.

12 et le plus jeune des deux dit à son père: mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. 12 et dixit adolescentior ex illis patri: Pater, da mihi portionem substantiae, quae me contingit. Et divisit illis substantiam.

Ver. 12. Adolescentior: le plus faible et le moins expérimenté.
Portionem… quae… Sa part consistait dans un tiers de l’héritage, l’aîné ayant droit aux deux autres tiers. Cf. Deut. XXI, 17.
Et divisit… Non pas, ce semble, que le fils ingrat eût un droit strict à ce que le partage fût fait alors; mais il fallait ce trait dans la parabole, pour expliquer les suivants. Le vers. 29 suppose que le père conserva l’administration de la part de son fils aîné.

13 Et peu de jours après, le plus jeune fils, ayant rassemblé tout ce qu’il avait, partit pour un pays étranger et lointain, et là il dissipa son bien, en vivant dans la débauche. 13 Et non post multos dies, congregatis omnibus, adolescentior filius peregre profectus est in regionem longinquam, et ibi dissipavit substantiam suam vivendo luxuriose.

Ver. 13. Non post multos… Après avoir converti ses biens en argent, le prodigue part au plus vite, désireux de jouir aussitôt de sa liberté.
In… longinquam. Au loin, afin d’être plus à son aise pour se livrer à ses mauvais penchants.
Luxuriose. Le grec ἀσώτως signifie: d’une manière honteuse, avec prodigalité. Voyez plus bas, vers. 30a, le commentaire de cette expression.

14 Et aprés qu’il eut tout dépensé, il survint une grande famine dans ce pays-là, et il commença à être dans le besoin. 14 Et postquam omnia consummasset, facta est fames valida in regione illa, et ipse coepit egere.

Ver. 14. Postquam… consummasset… Cela dut aller vite, en de telles conditions. Du moins, la fames valida fut le commencement de la crise à laquelle il dut son salut.

15 Il alla donc, et s’attacha au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans sa maison des champs pour garder les pourceaux. 15 Et abiit, et adhaesit uni civium regionis illius. Et misit illum in villam suam ut pasceret porcos.
16 Et il désirait remplir son ventre des gousses que les pourceaux mangeaient; mais personne ne lui en donnait. 16 Et cupiebat implere ventrem suum de siliquis, quas porci manducabant: et nemo illi dabat.

Ver. 15-16. Adhaesit uni… L’expression marque une complète et humiliante dépendance. Quant à l’occupation dont il fut chargé, ut pasceret…, elle était la plus ignoble que pût se figurer un Juif, surtout un fils de famille.
Ce n’est pas tout; même alors, le prodigue souffrait de la faim à un point extrême, tant la nourriture qu’on lui donnait, par ce temps de disette, était insuffisante: et cupiebat… (vers. 16). Notez la locution énergique, choisie à dessein, implere ventrem suum. La variante χορτασθῆναι, “satiari”, qu’on lit dans quelques manuscrits, est une correction faite après coup.
Siliquis (κερατίων): les gousses du caroubier, qu’on donne volontiers, aujourd’hui encore, en nourriture aux pourceaux dans l’Orient biblique. Sur cet arbre, voyez l’Atl. d’hist. nat., pl. XXXII, fig. 3 et 5.

17 Et étant rentré en lui-même, il dit: Combien de mercenaires, dans la maison de mon père, ont du pain en abondance, et moi je meurs ici de faim! 17 In se autem reversus, dixit: Quanti mercenarii in domo patris mei abundant panibus, ego autem hic fame pereo!
18 Je me lèverai, et j’irai vers mon père, et je lui dirai: mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi; 18 Surgam, et ibo ad patrem meum, et dicam ei: Pater, peccavi in caelum, et coram te:

Ver. 17-18. In se… Retour moral qui amena bientôt son retour extérieur vers son père.
Dixit. Son petit monologue est un chef-d’œuvre psychologique. Il commence par un regard jeté sur l’heureux passé et par un rapprochement significatif: Quanti mercenarii…; ego…! Il continue par une résolution courageuse: Surgam…, et dicam… (vers. 18).
In caelum et… Contre Dieu et contre son père.

19 Je ne suis plus digne désormais d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes mercenaires. 19 iam non sum dignus vocari filius tuus: fac me sicut unum de mercenariis tuis.

Ver. 19. Jam non sum… Le prodigue ne craint pas de s’humilier, reconnaissant qu’il a perdu tout droit à l’affection paternelle; il espère du moins être reçu à titre de mercenaire: fac me sicut…

20 Et se levant, il vint vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit, et fut ému de compassion; et accourant, il se jeta à son cou, et le baisa. 20 Et surgens venit ad patrem suum. Cum autem adhuc longe esset, vidit illum pater ipsius, et misericordia motus est, et accurrens cecidit super collum eius, et osculatus est eum.

Ver. 20. Et surgens… A peine prise, sa décision est aussitôt mise en acte. Pas de détails sur le voyage; l’accueil fait par le père l’emporte sur tout le reste.
Cum adhuc longe… C’est donc que ce bon père regardait souvent à l’horizon, dans l’espoir de voir revenir son fils.
Misericordia, motus… (ἐσπλαγχνίσθη). L’état misérable dans lequel se présentait le prodigue explique ce mouvement de tendre pitié.
Accurrens: tant son amour était impatient.
Osculatus est. Le verbe composé κατεφίλησεν marque des baisers réitérés.

21 Et le fils lui dit: mon pére, j’ai péché contre le ciel et contre toi; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. 21 Dixitque ei filius: Pater, peccavi in caelum, et coram te, iam non sum dignus vocari filius tuus.

Ver. 21. Dixitque… Le fils fait l’humble confession qu’il avait préparée. Cf. vers. 18b-19. Omit-il réellement la dernière partie (“fac me sicut…”), qui n’est pas répétée ici? C’est probable, car il comprit, à la manière dont il était accueilli, qu’elle eût été inutile.

22 Alors le père dit à ses serviteurs: Vite, apportez la plus belle robe, et revêtez-l’en; et mettez un anneau à sa main, et des chaussures à ses pieds; 22 Dixit autem pater ad servos suos: Cito proferte stolam primam, et induite illum, et date annulum in manum eius, et calceamenta in pedes eius:

Ver. 22. Dixit autem… Pour rendre le pardon plus entier et plus évident aux yeux de tous, le père miséricordieux réinstalla son fils dans sa situation première, au moyen d’actes symboliques. Il ne lui adressa aucun reproche; mais il lui exprima éloquemment son affection par ses actes.
Stolam primam: la première sous le rapport de la qualité, la meilleure de celles qui étaient dans la maison.
Date annulum. Sans doute l’anneau à cachet, qui était un symbole d’autorité (Atl. archéol., pl. IX, fig. 6-9).

23 puis amenez le veau gras, et tuez-le; et mangeons, et faisons bonne chère; 23 et adducite vitulum saginatum, et occidite, et manducemus, et epulemur:

Ver. 23. Adducite… Un repas succulent terminera la cérémonie de la réintégration. Chez les riches propriétaires de l’Orient, il y a souvent un veau gras que l’on tient en réserve pour quelque heureuse occasion.

24 car mons fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à faire grande chère. 24 quia hic filius meus mortuus erat, et revixit: perierat, et inventus est. Et coeperunt epulari.

Ver. 24. Quia hic… Motif pour lequel la maison devra se mettre en fête. Ici le langage du père est rythmé et revêt une forme poétique.

25 Cependant son fils aîné était dans les champs; et comme il revenait et s’approchait de la maison, il entendit la musique et les danses. 25 Erat autem filius eius senior in agro: et cum veniret, et appropinquaret domui, audivit symphoniam, et chorum:

Ver. 25. Erat autem… Ce fils aîné représente fort bien, par sa conduite étrange en un pareil jour, l’attitude souvent glaciale et indignée des pharisiens, à l’égard de Jésus et des pêcheurs dont il se laissait entourer. Comp. les vers. 1 et 2.
In agro. Dans les champs qui formaient la propriété. Il y allait chaque jour, afin de surveiller les ouvriers. Il ignorait les faits qui venaient de se passer si rapidement.
Symphoniam et chorum: In musique et la danse qui accompagnaient les repas, à la façon antique (Atl. archéol., pl. XXIII, fig. 3).

26 Et il appela un des serviteurs, et demanda ce que c’était. 26 et vocavit unum de servis, et interrogavit quid haec essent.
27 Celui-ci lui dit: Ton frère est revenu, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré sain et sauf. 27 Isque dixit illi: Frater tuus venit, et occidit pater tuus vitulum saginatum, quia salvum illum recepit.

Ver. 27. Frater tuus… Le serviteur interrogé le mit en quelques mots au courant de la situation.
Salvum: en bonne santé, dit le grec (ὑγιαίνοντα).

28 Il s’indigna, et ne voulait pas entrer. son père sortit donc, et se mit à le prier. 28 Indignatus est autem, et nolebat introire. Pater ergo illius egressus, coepit rogare illum.

Ver. 28. Indignatus est… Il exposera lui-même, dans les vers. 29-30, les raisons par lesquelles il croyait pouvoir légitimer sa colère. C’était un autre égaré; que le père traita aussi avec la plus grande bonté: Pater… egressus…

29 Mais, répondant à son père, il dit: Voilà tant d’années que je te sers, et je n’ai jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis; 29 At ille respondens, dixit patri suo: Ecce tot annis servio tibi, et numquam mandatum tuum praeterivi: et numquam dedisti mihi hoedum ut cum amicis meis epularer:
30 mais dès que cet autre fils, qui a dévoré son bien avec des femmes perdues, est revenu, tu as tué pour lui le veau gras. 30 sed postquam filius tuus hic, qui devoravit substantiam suam cum meretricibus, venit, occidisti illi vitulum saginatum.

Ver. 29-30. Ecce tot…; sed postquam… Le frère aîné établit un parallèle indigne, soit entre sa conduite et celle de son frère, soit entre les traitements divers qu’ils avaient, reçue l’un et l’autre de leur père. Son langage exprime vivement, d’un côté, les idées serviles que les pharisiens se faisaient, du culte divin; de l’autre, leur orgueil démesuré, comme aussi leur dureté envers les pêcheurs.

31 Alors le père lui dit: mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi; 31 At ipse dixit illi: Fili, tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt:
32 mais il fallait faire bonne chère et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort, et qu’il est revenu à la vie; parce qu’il était perdu, et qu’il est retrouvé. 32 epulari autem, et gaudere oportebat, quia frater tuus hic, mortuus erat, et revixit: perierat, et inventus est.

Ver. 31-32. At ipse… Douce et calme apologie du père. Il rappelle à ce fils au cœur dur qu’il n’a tenu qu’à lui de profiter de tous ses droits et privilèges (tu semper…, et omnia…); puis il justifie las démonstrations de joie auxquelles il s’est livré lui-même à l’occasion du retour de son autre enfant (epulari…; le grec a plutôt le sens de “laetari”, se réjouir).
La parabole se termine ainsi brusquement, et à dessein, pour mieux montrer aux pharisiens combien leur manière d’agir dans cette circonstance était odieuse.