Vingt-cinquième Dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Évangile

Lc 16:1-13

En ce temps-là:

1 Jésus disait aussi à ses disciples: Un homme riche avait un économe, et celui-ci fut accusé auprès de lui d’avoir dissipé ses biens. 1 Dicebat autem et [Iesus] ad discipulos suos: Homo quidam erat dives, qui habebat villicum: et hic diffamatus est apud illum quasi dissipasset bona ipsius.

Ver. 1. Dicebat autem… Formule de transition. Discipulos est pris vraisemblablement dans le sens large, et ne désigne pas seulement les apôtres.
Villicum: un intendant (οἰκονόμον), à qui le propriétaire avait laissé une grande liberté dans l’administration de ses biens.
Diffamatus est. Dans le grec: διεβλήθη, il fut accusé.
Quasi dissipasset…: ou directement, par la fraude; ou en menant une vie de plaisirs et en faisant des dépenses extravagantes. Le verbe est au participe présent dans le texte original: “quasi dissipans”.

2 Et il l’appela, et lui dit: Qu’est-ce que j’entends dire de toi? Rends compte de ta gestion, car tu ne pourras plus désormais gérer mon bien. 2 Et vocavit illum, et ait illi: Quid hoc audio de te? redde rationem villicationis tuae: iam enim non poteris villicare.

Ver. 2. Quid hoc… Question brève et sèche, qui dénote un vif mécontentement.
Redde rationem. D’après les une, il s’agirait d’un compte définitif, servant de préliminaire à un prochain renvoi (les mots jam enim non… favorisent ce sentiment); simplement, suivant les autres, d’un compte actuel, transitoire, ayant pour but de montrer si l’accusation était vraie ou fausse.

3 Alors l’économe dit en lui-même: Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte la gestion de son bien? Travailler la terre, je ne le puis, et je rougis de mendier. 3 Ait autem villicus intra se: Quid faciam quia dominus meus aufert a me villicationem? fodere non valeo, mendicare erubesco.

Ver. 3. Ait… villicus… Il délibère sur la situation, et, dans un monologue admirablement réussi, il fait un examen rapide des différentes possibilités qui s’ouvraient devant lui.
Fodere, mendicare. Son renvoi pour le motif indiqué ne lui laissait guère que ce double choix: le travail manuel (une occupation agricole lui vient tout d’abord à la pensée, parce que sa gestion avait surtout roulé autour de l’agriculture), ou la mendicité.

4 Je sais ce que je ferai, afin que, lorsque j’aurai été destitué de la gestion, il y ait des gens qui me reçoivent dans leurs maisons. 4 Scio quid faciam, ut, cum amotus fuero a villicatione, recipiant me in domos suas.

Ver. 4. Scio quid… Tout à coup son parti est pris: il a trouvé. Il saura bien, s’il perd sa place, vivre au moins pour un temps aux dépens de ses administrés actuels (ut… recipiant…). Pour cela il suffit qu’il se les attache, en leur faisant faire de gros bénéfices. Le maître sera lésé une fois de plus; mais ce détail inquiétant fort peu l’intendant.

5 Ayant donc fait appeler chacun des débiteurs de son maître, il disait au premier: Combien dois-tu à mon maître? 5 Convocatis itaque singulis debitoribus domini sui, dicebat primo: Quantum debes domino meo?

Ver. 5. Dicebat primo: au premier qui se présenta. Deux débiteurs seulement sont cités, par manière d’exemple; mais l’intendant se comporta de même envers tous les autres.

6 Il répondit: Cent mesures d’huile. Et l’économe lui dit: Prends ton obligation, assieds-toi vite, et écris cinquante. 6 At ille dixit: Centum cados olei. Dixitque illi: Accipe cautionem tuam: et sede cito, scribe quinquaginta.

Ver. 6. Cados. Le mot grec βάτους est calqué sur l’hébreu baṭ, qui désignait l’unité de mesure pour les liquides (cf. III Reg. VII, 26, 38, etc.), et qui équivalait, croit-on, à 38 lit. 88.
Cautionem. Dans le grec: τὸ γράμμα, l’écriture, c.-à-d., le billet signé qui indiquait le montant de la dette.

7 Il dit ensuite à un autre: Et toi, combien dois-tu? il répondit: Cent mesures de froment. Et il lui dit: Prends ton obligation, et écris quatre-vingts. 7 Deinde alii dixit: Tu vero quantum debes? Qui ait: Centum coros tritici. Ait illi: Accipe litteras tuas, et scribe octoginta.

Ver. 7. Coros. Autre adaptation d’un mot hébreu. Le kôr équivalait à 388 lit. 80, ou à dix baṭ.
Octoginta. La réduction n’est cette fois que d’un cinquième, au lieu de la moitié (cf vers, 6b); mais elle est en réalité beaucoup plus considérable. Les débiteurs ne furent pas tous avantagés dans la même proportion. Ce tut là sans doute une partie de l’habileté vantée plus bas; autrement, la fraude aurait été plus facile à découvrir. Elle finit cependant par arriver aux oreilles du maître (dominus, vers. 8; l’ “homo quidam” du vers. 1, et non pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme l’ont pensé divers interprètes, qui font commencer ici l’application de la parabole), et il ne put s’empêcher d’admirer la manière habile dont l’intendant s’était tiré d’affaire (laudavit…); mais il se garda bien de louer l’art en lui-même (les mots villicum iniquitatis marquent nettement le fond de sa pensée sur ce point).

8 Et le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi habilement; car les enfants de ce siècle sont, dans leur monde, plus habiles que les enfants de lumière. 8 Et laudavit dominus villicum iniquitatis, quia prudenter fecisset: quia filii huius saeculi prudentiores filiis lucis in generatione sua sunt.

Ver. 8. Filii hujus saeculi. Hébraïsme: les gens du monde, par opposition aux disciples de Jésus, nommés ici “fils de la lumière” à cause des lumières célestes qui les éclairaient. Cf. Joan. XII, 36; Ι Thess. V, 5, etc.
Prudentiores. Le fait est incontestable, et les bons n’en ont que trop souvent pâti. Il faudrait donc qu’ils imitassent, dans la gestion de leurs intérêts spirituels, l’habileté que les mondains déploient d’ordinaire pour leurs intérêts matériels et temporale.
In generatione… Le grec a l’accusatif: εἰς τὴν γενεάν, envers leur propre génération; c.-à-d., à l’égard de leurs frères, des autres chrétiens.

9 Et moi je vous dis: Faites-vous des amis avec les richesses d’iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. 9 Et ego vobis dico: facite vobis amicos de mammona iniquitatis: ut, cum defeceritis, recipiant vos in aeterna tabernacula.

Ver. 9. Et ego dico… C’est un argument à fortiori qu’il va faire: si un serviteur injuste est loué pour la sagacité tout humaine avec laquelle il se préparait des amis pour les mauvais jours, quoique sa conduite fût en réalité celle d’un voleur, combien plus seront loués et félicités les disciples fidèles du Christ, qui auront fait un excellent usage de leurs richesses, en vue de la bienheureuse éternité!
Facite… amicos. A savoir, les pauvres, les nécessiteux de tout genre, qui, après qu’on les aura soulagés dans leur détresse, prieront pour leurs bienfaiteurs.
De mammona. Sur ce nom, voyez Matth. VI, 24 et le commentaire. Les biens de ce monde sont appelés ici “richesse d’iniquité” d’après leur nature et leurs résultats les plus ordinaires: très souvent ils proviennent de l’iniquité ou y conduisent.
Cum defeceritis. La Vulgate suit la leçon la plus commune, ἐκλίπητε; c.-à-d., lorsque vous mourrez. La variante ἐκλίπῃ “defecerit” (lorsque la “mammona” viendra à vous manquer, surtout par la mort), est assez bien garantie.
In aeterna… Locution poétique pour désigner le ciel.

10 Celui qui est fidèle dans les moindres choses, est fidèle aussi dans les grandes; et celui qui est injuste dans les moindres choses, est injuste aussi dans les grandes. 10 Qui fidelis est in minimo, et in maiori fidelis est: et qui in modico iniquus est, et in maiori iniquus est.

Ver. 10. Qui fidelis est… L’enchainement avec ce qui précède est un peu vague au premier aspect, mais la pensée est pleine de netteté. “Le cas tracé dans ces trois versets (10-12) est, pour ainsi dire, celui d’un riche propriétaire qui forme son fils en vue de l’administration des biens dont il est l’héritier; il met sa capacité à l’épreuve en lui laissant le contrôle de choses qui ont peu de valeur en elles-mêmes, mais qui servent à former le jeune homme et à discerner son caractère. Si le fils fait preuve d’infidélité dans ces choses peu importantes, il sera déshérité.”

11 Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les véritables? 11 Si ergo in iniquo mammona fideles non fuistis: quod verum est, quis credet vobis?

Ver. 11. Iniquo mammona. Expression identique à “mammona iniquitatis” (cf. vers. 9).
Quod verum est. Ce qui est une possession vraie, une richesse très réelle.

12 Et si vous n’avez pas été fidèles dans ce qui est à autrui, qui vous donnera ce qui est à vous? 12 Et si in alieno fideles non fuistis: quod vestrum est, quis dabit vobis?

Ver. 12. Au vers. 12, Jésus désigne par le mot alieno les richesses temporelles, parce qu’elles ne nous appartiennent que d’une façon passagère, et qu’elles peuvent; nous être ravies à tout instant, par la mort ou d’autre manière.
Quod vestrum est. C.-à-d., l’héritage très riche, mais tout spirituel, des disciples du Christ; le royaume des cieux auquel ils ont un droit strict.

13 Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. vous ne pouvez pas servir Dieu et mammon. 13 Nemo servus potest duobus dominis servire: aut enim unum odiet, et alterum diliget: aut uni adhaerebit, et alterum contemnet: non potestis Deo servire, et mammonae.

Ver. 13. Nemo potest… Même pensée dans saint Matthieu, VI, 24, et dans les mêmes termes (voyez le commentaire; la seule différence consiste dans nemo servus au lieu de “nemo”). Ici elle sert de conclusion très naturelle aux conséquences pratiques que Jésus tire de la parabole de l’économe infidèle.